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DE PÈRE EN FILS - Une saga criminelle en Ardèche (1779-1826)

10/09/2025

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DE PÈRE EN FILS

Une saga criminelle en Ardèche (1779-1826)


Chapitre 1 : Les Origines

La naissance sous le signe du malheur

Le 20 mars 1779, dans le hameau isolé d'Amarnier, commune de Meyras en Ardèche, naît Louis Brun. Le lendemain, il est baptisé à l'église paroissiale. Ce nouveau-né ne sait pas encore que son existence sera placée sous le signe de la violence et du crime.

Bapteme de Louis Brun dit l'Enfer
Acte ce bapteme de Louis Brun dit l'Enfer.

Le supplice de la roue - La mort du père (5 décembre 1780)

Louis Brun n'a que 20 mois lorsque survient l'événement qui marquera à jamais sa vie. Le 5 décembre 1780, au lieu-dit d'Amarnier, Pierre Brun, son père, est roué vif.

Le supplice de la roue était l'un des châtiments les plus terribles de l'Ancien Régime, réservé aux criminels les plus endurcis. Attaché sur une roue de bois, le condamné voyait ses membres brisés un à un à coups de barre de fer par le bourreau. S'ensuivait une agonie qui durait des heures.

supplice de la roue
Supplice de la roue — image de Wikipédia.

À 33 ans, Pierre Brun laisse derrière lui une veuve, Marianne Faure, et plusieurs enfants en bas âge. Comme si le jugement et l'atrocité de l'exécution du père ne suffisaient pas, la famille Brun porte un autre fardeau : un oncle de Louis a également été envoyé au gibet pour ses crimes.

Ainsi, le petit Louis grandit dans une famille doublement marquée par l'infamie. Son père roué vif, son oncle pendu. Dans les villages de montagne où tout se sait et rien ne s'oublie, cette hérédité criminelle pèsera sur lui toute sa vie.

Une enfance dans l'ombre du crime (1780-1795)

Louis Brun grandit sans père, élevé par sa mère Marianne Faure dans le hameau isolé d'Amarnier. Les conditions de vie sont rudes dans ces montagnes ardéchoises.

Le poids de l'infamie familiale marque son enfance. La famille porte sur ses épaules ce terrible héritage : un père roué vif, un oncle pendu.

Amarnier Meyras
Quartier de l'Amarnier Google Street View

Le portrait physique de Louis Brun

Les documents judiciaires nous ont conservé une description précise de Louis Brun lors de son arrestation en 1824 :

Signalement officiel : - Taille : 5 pieds 1 pouce (environ 1m55) - Cheveux et sourcils : noirs - Yeux : bruns - Nez : pointu - Menton : rond avec une fossette - Visage : maigre, teint brun - Marques distinctives : marqué de petites véroles (cicatrices de variole)

Un document ajoute cette remarque terrible : "Et il paraît qu'il était très laid."

Louis Brun dit L'enfer
Image généré par l'IA avec l'aide des desriptions physiques

Le mariage avec Marguerite Chastagner

Vers 1809-1810, Louis Brun épouse Marguerite Chastagner, née le 5 novembre 1786 à Champagne.

Ce mariage sera fécond : neuf enfants naîtront entre 1810 et 1824. Marguerite passera quinze années à porter et élever ses enfants, accouchant pratiquement tous les ans. Trois mourront en bas âge. Seul Jean Louis Brun (1813-1885) aura une descendance.

L'installation comme aubergiste

Vers 1805-1810, Louis Brun s'installe comme cabaretier au lieu-dit d'Amarnier. L'emplacement est stratégique, sur les routes de montagne menant à Montpezat, Burzet, Thueyts, Jaujac. L'auberge de Brun devient rapidement le centre d'opérations d'une bande de malfaiteurs.

Auberge Louis Brun dit L'enfer
Ancienne auberge de Louis Brun dit L'enfer vue 2021 Google

Le surnom "l'Enfer"

À quel moment Louis Brun acquiert-il son terrible surnom de "l'Enfer" ? Les documents ne le précisent pas, mais ce surnom reflète la terreur qu'il inspirait dans toute la région. Les voyageurs se signaient en passant devant sa porte. Les mères menaçaient leurs enfants : "Si tu n'es pas sage, l'Enfer viendra te chercher !"

La méthode criminelle

La méthode est rodée : dans son auberge, Brun observe les voyageurs, évalue leur richesse, les enivre pour connaître leurs projets. Une fois repartis, lui et ses complices les suivent, les attaquent sur les chemins isolés. Pendant des années, cette organisation fonctionne sans être inquiétée.


Chapitre 2 : Les Premiers Crimes

Le vol de Jean Vacher (vers 1812)

Un des premiers crimes documentés : Jean Vacher, de Montpezat, est attaqué de nuit par Brun armé d'un fusil. Pendant que Brun le tient en joue, un complice le fouille et lui vole trois francs.

Laurent Suchon, instruit de l'événement, adresse de vifs reproches à Brun.

Grande erreur.

Un jour, Brun lui répond froidement :

"Prends garde, tu parles trop."

Laurent Suchon vient de signer son arrêt de mort.

Le premier meurtre - Laurent Suchon (1er mars 1815)

Le 1er mars 1815, Laurent Suchon se rend à la foire de Meyras. Il en revient au coucher du soleil. La sage-femme de Meyras le voit entrer chez Brun dit l'Enfer.

C'est la dernière fois qu'on le voit vivant.

Le même soir, quelqu'un entend Laurent Suchon chanter à gorge déployée dans le cabaret. Puis, plus rien.

Deux jours plus tard, le garde champêtre Jean-Baptiste Naon, dit Camaret, explore un précipice appelé Labrot, situé sur les bords de l'Ardèche, près de la demeure de Brun. Il ne remarque rien d'anormal.

Deux jours après, au même endroit, on découvre le cadavre de Laurent Suchon.

Plan du hameau l'Amarnier
Plan google du hameau l'Amarnier avec explication.

L'enquête sur la mort de Suchon

Si le chanteur avait fait la chute qu'on suppose, il se serait broyé. Or, on ne relève aucune fracture, aucune contusion. Mais son cou porte des marques de strangulation.

Brun assiste à la fouille du corps. Le garde ne trouve qu'une clef et quelques centimes. C'est alors que Brun prononce une phrase stupéfiante :

"Cherche donc encore. Si tu trouvais de l'argent, ce serait la preuve du suicide."

Le garde doit s'éloigner pour vérifier la clef. Brun l'attend. Quand Camaret revient, Brun insiste pour une seconde fouille. Le garde pense rêver : il retire d'une poche déjà visitée une tabatière en plomb contenant neuf francs.

Neuf francs qui n'étaient pas là lors de la première fouille !

Brun vient de commettre une erreur fatale. En voulant faire croire au suicide, il s'est trahi.

L'impunité scandaleuse

Le croirait-on ? Les choses en restent là. Les autorités locales s'abstiennent de signaler ce crime au Parquet. Le cabaretier inspire une telle terreur que nul n'ose le dénoncer.

Le maire se borne à cet avertissement :

"C'est toi qui as tué cet homme. J'aurai désormais les yeux sur toi."

Brun dit l'Enfer hausse les épaules.

Et neuf années s'écoulent, pendant lesquelles, enhardi par ce crime sans châtiment, il continue ses brigandages.

La vérité révélée

Des années plus tard, Jean Volle dit Vinson, un lieutenant de la bande, laisse échapper des aveux à Benoît Lacombe, aubergiste à Burzet :

"C'est ce bougre-là qui a tué Laurent. Il l'a gardé trois jours dans sa basse-cour, sous des feuilles. Il l'a traîné ensuite jusqu'au précipice Labrot et, lors de la découverte du cadavre, il m'a tenu ce langage : 'Allons sur les lieux les premiers afin d'éloigner les soupçons.' C'est lui également qui a mis la tabatière dans la poche du mort."

D'autres témoins confirment. Antoine Baylon, maire de Burzet, rapporte :

"Volle lui avait dit : 'Ils avaient étranglé Laurent à l'aide d'une corde et jamais homme n'a reçu autant de pierres pour le faire mourir que Laurent.'"

Laurent Suchon ne fut pas seulement étranglé. Il fut lapidé, frappé à coups de pierres jusqu'à ce que mort s'ensuive.

La vengeance différée

Jean-Valentin Duffaux, beau-frère de Laurent Suchon, se répandit en reproches contre Brun. Le cabaretier répondit par des menaces, et bientôt Duffaux n'osait plus quitter sa demeure après la chute du jour.

Il avait raison d'avoir peur. Car Brun allait le tuer, exactement de la même manière qu'il avait tué son beau-frère, neuf ans plus tôt.


Chapitre 3 : L'Empire de la Terreur

La formation de la bande

Pendant neuf ans, Louis Brun organise une véritable bande de malfaiteurs qui terrorise les routes de l'Ardèche. Les membres principaux :

  1. Jean Volle dit Vinson - cordonnier, 45 ans
  2. Jean Louis Brun dit Ballet de Fer - aubergiste, 36 ans, beau-frère de l'Enfer
  3. Jean Vergne dit Mézillac - cultivateur, 24 ans
  4. Jean Baptiste Suchon - cultivateur, 35 ans
  5. Et plusieurs autres complices
Bande à Louis Brun dit l'Enfer
Bande de Louis Brun dit l'Enfer imaginée par l'IA.

Le mode opératoire

L'autorité de Brun sur sa bande est absolue. Si Brun voulait protéger quelqu'un, il lui confiait son couteau. À la vue de ce signe, les compagnons mettaient chapeau bas et laissaient passer.

La bande se réunissait dans trois auberges pour boire, comploter, partager le butin. Ils étaient armés de fusils, sabres, baïonnettes, couteaux, poinçons et gros bâtons.

Le catalogue des crimes (1815-1824)

Pendant ces neuf années, Brun et sa bande commettent un nombre impressionnant de vols et d'agressions. Quelques exemples :

Claude Magné - Vol de 12 francs sur le chemin de Montpezat, Brun la main dans la poche comme s'il tenait un pistolet.

Jacques Dumas - Vol de 7 fromages en août 1824. Dumas s'était endormi au bord de la route. En se réveillant, il voit Brun qui emporte son panier. Brun choisit sept fromages en disant : "Ne fais pas de bruit si tu ne veux pas que je t'envoie de ce monde dans l'autre."

Claude Reynaud - Tentative de vol au sabre le 4 octobre 1821. Revenant de la foire de Burzet, Reynaud voit Brun armé d'un sabre sans fourreau qui lui dit : "Si tu as de l'argent il faut le donner vite." Brun avance deux fois la pointe de son sabre. Reynaud repousse le coup et parvient à s'enfuir.

Pierre Duffaux - Brun se fait héberger dans la même chambre que sa victime dans une auberge. L'aubergiste témoigne : "Le lendemain, Duffaux me dit : 'Il m'a fouillé dans toutes les poches et partout. J'ai voulu lui demander ce qu'il voulait, il m'a dit qu'il cherchait sa montre. Je lui ai répondu qu'il ne pouvait pas l'avoir perdue dans mes poches.'"

Et bien d'autres vols, tentatives de vol, agressions...

L'ombre de la terreur

La terreur règne sur les routes de l'Ardèche. Les voyageurs marchent en groupe, armés. On ne voyage plus seul la nuit. Le nom de l'Enfer est murmuré avec effroi.

Mais l'impunité ne peut durer éternellement. Le destin va bientôt rattraper Louis Brun dit l'Enfer.


Chapitre 4 : L'Enquête

Le second meurtre - Jean-Valentin Duffaux (15 octobre 1824)

Le 15 octobre 1824, jour de foire à Burzet, Jean-Valentin Duffaux, 52 ans, cultivateur à Meyras, part pour la foire.

Il rentre le soir, fait une partie du chemin avec deux femmes. Près d'Amarnier, ils se séparent. Les femmes poursuivent leur route.

Soudain, elles entendent trois cris déchirants :

"Secours ! Secours ! Secours !"

Puis, plus rien. Silence.

Les femmes, terrifiées, n'osent pas revenir sur leurs pas. Elles continuent jusqu'à l'auberge d'Eyraud où elles racontent ce qu'elles ont entendu.

Jean-Valentin Duffaux a disparu.

La découverte macabre (27 octobre 1824)

Le 27 octobre 1824, douze jours après la disparition, le cadavre est découvert dans l'Ardèche, à un quart de lieue du Pont de Labeaume.

Le maire de Meyras et les autorités se rendent sur place. Le chirurgien Grévin procède à l'examen du corps.

Le rapport médical est terrifiant :

"Le cadavre est dans un état complet de nudité. Il est gonflé par les gaz de la putréfaction. La face est méconnaissable, ayant reçu plusieurs coups de pierres ou d'un instrument contondant. L'œil droit est sorti de son orbite. La mâchoire inférieure est fracassée des deux côtés. Quatre dents manquent. Le nez est cassé. Le crâne présente deux fractures à la partie supérieure gauche. Les bras et les jambes portent des traces de coups violents."

Le corps a été sauvagement battu à mort, le visage défoncé à coups de pierres. Puis jeté dans l'Ardèche.

L'arrestation (3 novembre 1824)

Le 3 novembre 1824, le maire de Meyras arrête Louis Brun dit l'Enfer. Il est immédiatement interrogé.

Question : Où étiez-vous le 15 octobre ?

Réponse : Je piochais ma vigne. Je suis rentré vers cinq heures et je ne suis pas sorti de chez moi.

Question : Possédez-vous un sabre ?

Réponse : J'en ai possédé un sans fourreau, mais je l'ai vendu il y a environ quinze jours à un nommé Jacquot de la Souche.

Brun nie tout. Mais les témoignages s'accumulent. L'étau se resserre.


Chapitre 5 : Les Interrogatoires

Le premier interrogatoire (9 novembre 1824)

Six jours après son arrestation, Brun est interrogé par le juge d'instruction Latauze.

D. Qu'avez-vous fait le jour de la foire de Burzet du mois d'octobre dernier ?

R. J'ai travaillé à ma vigne depuis le matin jusqu'au soir. Je suis rentré chez moi vers cinq heures, et je ne suis pas sorti de chez moi de toute la soirée.

D. Vous avez eu des disputes avec Valentin Duffaux qui vous accusait d'avoir assassiné Laurent Suchon ?

R. Jamais il ne m'a reproché la mort de Laurent Suchon.

Mensonge. Plusieurs témoins ont entendu les disputes entre Duffaux et Brun.

D. On a entendu Duffaux crier au secours trois fois. Un homme a été vu embusqué près de votre maison. Cet homme, c'était vous ?

R. Non, je vous jure que non.

La phrase terrible

Le juge interroge Brun sur une phrase qu'il aurait prononcée quelques jours après la disparition de Duffaux.

Comme on parlait de la difficulté de retrouver le corps, Brun aurait dit :

"On trouvera Valentin quand les oiseaux parleront."

Phrase terrible ! Comment pouvait-il savoir que le corps serait si difficile à trouver, sinon parce que c'est lui qui l'avait jeté dans la rivière ?

Brun nie avoir tenu ces propos. Mais plusieurs témoins les ont entendus.

Les interrogatoires suivants

Pendant un an, Brun est interrogé à plusieurs reprises. Il nie systématiquement. Il nie les meurtres, nie les vols, nie tout.

Lors du quatrième interrogatoire (17 novembre 1825), le juge pose une question remarquablement perspicace :

D. Pourquoi avez-vous dit que Duffaux était allé à Orange ou Avignon ?

R. J'ai dit Avignon, où il avait des parents.

D. N'est-ce pas le cri de votre conscience qui vous a fait penser à ces villes en aval de l'Ardèche, dans la direction où les eaux portent les corps ?

Question brillante ! En disant qu'Duffaux était allé à Orange ou Avignon (toutes deux en aval de l'Ardèche), Brun révélait inconsciemment qu'il savait que le corps avait été jeté dans la rivière.

Brun tente de se justifier, mais il est pris au piège de ses propres contradictions.

Finalement, confronté à la phrase "les oiseaux parleront", Brun reconnaît l'avoir dite, mais donne une explication ridicule : "J'ai voulu dire que Dieu pouvait faire parler les oiseaux pour découvrir les auteurs du crime."

plan Amarnier
Plan du hameau d'Amarnier dessiné pendant l'enquête.

Chapitre 6 : L'Instruction

L'ampleur de l'information judiciaire

Pendant toute l'année 1825, le juge d'instruction mène une enquête approfondie. Il entend des dizaines de témoins, fait procéder à des confrontations.

Les Cahiers d'information constituent un document exceptionnel de plusieurs centaines de pages.

Les témoins du meurtre de Laurent Suchon (1815)

Neuf ans après les faits, des témoins osent enfin parler.

Rose Suchon, veuve de Pierre Duffaux dit Valentin :

"Mon frère Laurent, revenant de la foire de Meyras, entra chez Brun dit l'enfer. Dix jours plus tard, on le trouva mort. On transporta le corps à la maison de Brun. Celui-ci dit que si on l'avait tué, on lui aurait volé son argent. Une première fouille ne donna rien, mais Brun insista, et on lui trouva douze francs. Le maire dit alors à Brun : 'C'est toi qui as tué cet homme, mais j'aurai les yeux ouverts sur toi.'"

Les témoignages sur le meurtre de Duffaux

Marguerite Barre, aubergiste :

"Brun dit l'enfer buvait dans notre auberge. Parlant de Valentin Duffaux, il dit : 'On trouvera Valentin quand les oiseaux parleront.'"

Florentin Badiou, épicier :

"J'ai vu Brun qui disait : 'On trouvera Valentin Duffaux bientôt. Les oiseaux rapporteront.' L'aubergiste m'a dit que Brun s'était exprimé autrement : 'On trouvera Valentin lorsque les oiseaux rapporteront, les os seront éparpillés.'"

Brun savait que le corps serait mutilé, démembré par les eaux et les rochers de l'Ardèche. Il savait qu'on ne retrouverait que des os éparpillés.

Comment le savait-il, sinon parce que c'est lui qui l'avait tué ?

L'ordonnance de renvoi (1er septembre 1825)

Après des mois d'instruction, la Chambre du Conseil rend son ordonnance. Considérant les preuves suffisantes, elle renvoie les accusés devant la Cour d'assises pour :

  1. Assassinat de Laurent Suchon (1815)
  2. Assassinat de Jean Valentin Duffaux (1824)
  3. Formation d'une association de malfaiteurs
  4. Multiples vols et tentatives de vol

Chapitre 7 : Le Procès

Les Assises de Nîmes (17-22 mai 1826)

Le procès s'ouvre le 17 mai 1826 devant la Cour d'assises du Gard, siégeant à Nîmes. Trois accusés comparaissent :

L'audience est publique. La salle est bondée. Tout le monde veut voir l'Enfer, le monstre qui a terrorisé l'Ardèche pendant quinze ans.

La composition du jury

Douze jurés sont tirés au sort. Ce sont des notables, des propriétaires, des commerçants. C'est à eux que reviendra la terrible responsabilité de décider de la vie ou de la mort de Louis Brun.

Les débats

Pendant cinq jours, témoins et accusés défilent. Les victimes témoignent. Les complices accusent. Brun nie.

Le Procureur Général requiert la peine de mort pour Louis Brun, et les travaux forcés à perpétuité pour Volle et Mézillac.

Le verdict du jury (22 mai 1826)

Après délibération, le chef du jury se lève et lit la déclaration :

Sur la première question : L'accusé Louis Brun est-il coupable d'avoir assassiné Laurent Suchon le 1er mars 1815 ?

Réponse du jury : OUI, à la majorité (7 voix contre 5).

Sur la deuxième question : L'accusé Louis Brun est-il coupable d'avoir assassiné Jean Valentin Duffaux le 15 octobre 1824 ?

Réponse du jury : OUI, à l'unanimité (12 voix).

Sur la troisième question : L'accusé Jean Vergne dit Mézillac est-il complice du meurtre de Duffaux ?

Réponse du jury : OUI, à la majorité.

Le jury répond également OUI à la plupart des accusations de vol contre Brun.

La condamnation

"LA COUR,

CONDAMNE Jean Louis Brun dit l'Enfer à la peine de MORT,

ORDONNE que l'exécution se fera sur la place publique de MEYRAS,

CONDAMNE les dits Jean Volle dit Vinson et Jean Vergne dit Mézillac à la peine des travaux forcés à perpétuité, à l'exposition au carcan durant une heure sur la place publique de Nîmes et à la flétrissure par l'empreinte des lettres T.P."

Louis Brun retourne dans sa cellule. Condamné à mort. Dans quelques semaines, sa tête tombera sous la lame de la guillotine. Sur la place publique de Meyras, là même où il a tenu son auberge du crime.


Chapitre 8 : L'Exécution

Les derniers jours

Louis Brun attend l'exécution dans la cellule des condamnés à mort. Que pense-t-il durant ces derniers jours ? Se repent-il ? Ou reste-t-il l'Enfer jusqu'au bout, dur, impénitent ?

Nous ne le saurons jamais.

Sa famille

À Amarnier, sa femme Marguerite Chastagner, 40 ans, se retrouve seule avec six enfants. Le plus jeune n'a que 2 ans. Comment vivront-ils avec ce nom maudit ?

Après l'exécution de Brun, elle quittera Amarnier pour s'installer à la Jugerie, à Meyras, où elle vivra jusqu'à ce qu'elle s'éteigne en 1882, à l'âge de 95 ans. Elle portera pendant 56 ans le poids d'être la veuve de l'Enfer.

Le jour de l'exécution (27 juillet 1826)

L'exécution a lieu sur la place publique de Meyras. Une foule immense se rassemble. Les habitants de toutes les communes environnantes sont venus.

On dresse la guillotine. Louis Brun est extrait de sa prison. On lui lie les mains, on lui coupe les cheveux et le col de sa chemise pour dégager la nuque.

Dans la voiture qui l'emporte vers le lieu du supplice, Brun aurait dit aux gendarmes :

"Je sais que j'étais la terreur du pays, je m'enivrais sans cesse, mais je n'ai assassiné personne."

Jusqu'au bout, il nie.

Sur l'échafaud

Louis Brun monte les marches de l'échafaud. La foule retient son souffle. Le bourreau le fait basculer sur la planche. Sa tête est placée dans la lunette.

La lame tombe.

Louis Brun dit l'Enfer n'est plus. À 47 ans, après 15 ans de crimes et de terreur, l'Enfer des montagnes d'Ardèche a payé le prix ultime de ses forfaits.

Le macabre commerce du fossoyeur

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Le fossoyeur chargé de l'inhumation commit un acte aussi morbide qu'inattendu : il garda la tête de l'Enfer.

Pendant quelque temps, cet homme fit payer les curieux qui voulaient contempler la tête du plus célèbre criminel de l'Ardèche. Combien de personnes vinrent voir la tête tranchée de l'Enfer ? Les documents ne le disent pas.

Finalement, le corps et la tête furent enterrés dans la fosse commune, sans cérémonie, sans pierre tombale.

La guillotine est démontée. La foule se disperse. Les routes de l'Ardèche peuvent à nouveau être parcourues sans crainte. La terreur est finie.


Chapitre 9 : Les Complices et la Descendance

Les complices

Jean Volle dit Vinson, 47 ans, et Jean Vergne dit Mézillac, 24 ans, sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité.

Après leur exposition au carcan à Nîmes et leur flétrissure (lettres T.P. marquées au fer rouge), ils sont envoyés au bagne de Brest, Rochefort ou Toulon. Enchaînés, ils purgeront leur peine dans des conditions épouvantables jusqu'à leur mort.

Les enfants de l'Enfer

Sur les neuf enfants de Louis Brun et Marguerite Chastagner, six étaient encore vivants en 1826. Seul Jean Louis Brun (1813-1885) aura une descendance.

Âgé de 13 ans au moment de l'exécution de son père, Jean Louis grandit avec ce terrible héritage. Il se marie en 1846 avec Marie Amarnier.

Vers 1850, ils partent s'installer en Algérie, à Bou Medfa.

Pourquoi l'Algérie ? Pour fuir. Pour échapper à l'ombre portée par le nom de Brun. Pour recommencer une nouvelle vie loin de l'Ardèche, loin des regards, loin de la malédiction.

Ils y ont des enfants. La lignée de l'Enfer continue, mais en terre d'Algérie.

En 1872, Marie Amarnier meurt en Algérie. Jean Louis, veuf, décide de rentrer en France. Il revient habiter à Amarnier, le lieu maudit où son père a tenu son auberge du crime. Il y finit ses jours en 1885.

Les descendants algériens - Le secret de famille

Jean Louis Brun et Marie Amarnier ont eu des enfants en Algérie. Après la guerre d'Algérie (1954-1962), comme des centaines de milliers de Pieds-Noirs, les descendants de Jean Louis Brun rentrent en France.

Ils se sont installés à Saint-Nicolas-de-la-Grave dans le Tarn-et-Garonne.

Savent-ils qu'ils descendent de Louis Brun dit l'Enfer ?

Des descendants existaient encore dans les années 2000 mais cela reste confidentiel.

Aujourd'hui encore, il existe des descendants de Louis Brun dit l'Enfer. Mais c'est un secret de famille. On ne parle pas de l'Enfer. On ne dit pas qu'on descend d'un assassin guillotiné.

Le nom de Brun est courant. Personne ne fait le lien. Personne ne sait.


Chapitre 10 : L'Héritage et la Mémoire

La mémoire immédiate (1826-1850)

Dans les années qui suivent l'exécution, le nom de Louis Brun dit l'Enfer résonne encore dans toute l'Ardèche. Les vieux se souviennent de la terreur. On montre l'emplacement de son auberge. On murmure que, certaines nuits, on peut entendre ses pas sur la route de Montpezat.

Les mères menacent leurs enfants : "Si tu n'es pas sage, l'Enfer viendra te chercher !"

La transmission orale (1850-1900)

L'histoire de Louis Brun entre dans la légende orale ardéchoise. Dans les veillées, les vieux racontent aux jeunes l'histoire de l'Enfer. Les faits historiques se mêlent à la légende. On dit qu'il aurait tué des dizaines de voyageurs, qu'il aurait eu un pacte avec le diable.

La redécouverte (années 2000)

Au début du XXIe siècle, avec la numérisation des archives départementales, l'histoire de Louis Brun dit l'Enfer est redécouverte. Des documents exceptionnels refont surface : procès-verbaux, interrogatoires, témoignages.

L'histoire de l'Enfer peut enfin être racontée telle qu'elle s'est réellement passée.

Le préambule de Peyrebeille

Cette affaire, préambule à celle de Peyrebeille (1831-1833), avait profondément marqué le pays. L'auberge rouge de Peyrebeille, située à 30 km d'Amarnier, connaîtra une série de meurtres similaires quelques années plus tard.

Les deux affaires se ressemblent : une auberge isolée, des aubergistes assassins, une terreur qui règne pendant des années, plusieurs meurtres prouvés et probablement beaucoup d'autres victimes inconnues.


ÉPILOGUE

Les chiffres de l'horreur

Crimes prouvés de Louis Brun dit l'Enfer :

Au total : 23 victimes identifiées

Mais combien d'autres victimes inconnues ? Combien de voyageurs disparus dont les corps n'ont jamais été retrouvés ? Combien de cadavres jetés dans l'Ardèche, emportés par les flots ?

Nous ne le saurons jamais.

La justice rendue

Après 15 ans d'impunité, la justice a fini par rattraper l'Enfer.

La terreur a pris fin. Les routes de l'Ardèche sont redevenues sûres.

Les victimes n'ont pas été oubliées

Laurent Suchon (mort en 1815) - Étranglé, lapidé, jeté dans un précipice. Son nom est inscrit dans les archives judiciaires. Son assassin a payé.

Jean-Valentin Duffaux (mort le 15 octobre 1824) - Battu à mort, le visage défoncé, jeté dans l'Ardèche. Son corps a été retrouvé. Sa veuve a pu faire son deuil. Son assassin a payé.

Les dizaines de victimes de vols - Elles ont témoigné, elles ont été entendues, elles ont obtenu justice.

Les victimes inconnues - Elles reposent quelque part dans les gorges, dans l'Ardèche. Leurs noms sont perdus. Mais leur assassin a été châtié.

Les descendants innocents

Aujourd'hui encore, des descendants de Louis Brun dit l'Enfer vivent en France. Ils ne sont pour rien dans les crimes de leur ancêtre.

On ne choisit pas ses ancêtres. On n'est pas responsable de leurs crimes. Chacun forge son propre destin.

Le souvenir

Presque deux siècles après les faits, l'histoire de Louis Brun dit l'Enfer nous rappelle :

L'Enfer fut vaincu.

Mais son histoire demeure, rappel éternel que nulle terreur ne peut durer éternellement, et que la justice, même tardive, finit toujours par triompher.


FIN DE L'HISTOIRE


SOURCES ET DOCUMENTS

Cette histoire a été reconstituée à partir des documents d'archives authentiques :

Documents judiciaires officiels : - Acte de baptême de Louis Brun (21 mars 1779) - Procès-verbal d'arrestation (3 novembre 1824) - Interrogatoires de Louis Brun (9 novembre 1824 - 17 novembre 1825) - Cahiers d'information avec dizaines de témoignages - Procès-verbal de découverte du cadavre de Duffaux avec rapport médical - Ordonnance de renvoi devant la Cour d'assises (1er septembre 1825) - Procès-verbal du procès aux Assises de Nîmes (17-22 mai 1826)

Documents généalogiques : - Recherches sur la famille Brun (ascendance et descendance) - Informations sur Marguerite Chastagner et Jean Louis Brun


REMERCIEMENTS

Un immense merci à candicef2 du Discord "Le Cendre de la Généalogie", qui a scanné près de 1000 pages de documents d'archives et les a classés méticuleusement. Un grand merci également à Angelina Jolie (pseudo du même Discord) pour les informations complémentaires.

Documents
Toutes les pages scannées par candicesf2.

NOTE FINALE

Aucun élément de cette histoire n'a été inventé.

Tout ce qui est raconté ici est tiré des documents d'archives authentiques. Les dialogues sont ceux consignés dans les procès-verbaux. Les descriptions physiques proviennent des signalements officiels.

Cette histoire est vraie.

Louis Brun dit l'Enfer a réellement existé. Il a réellement commis ces crimes. Il a réellement été guillotiné.

Et ses descendants vivent aujourd'hui encore, quelque part en France, portant le poids de ce terrible héritage.


Écrit en 2025, d'après les archives de 1779-1826

À la mémoire de Laurent Suchon et Jean-Valentin Duffaux, assassinés par Louis Brun dit l'Enfer

Et de toutes les victimes inconnues dont les noms sont perdus à jamais

REQUIESCANT IN PACE


Une note personnelle de l'auteur Mon ordinateur, devenu très vieux, rend progressivement l'âme et ne me permet plus de réaliser des recherches dans des conditions convenables. Afin de pouvoir continuer à vous offrir de nouvelles histoires sur notre magnifique département de l'Ardèche et développer de nouveaux outils généalogiques gratuits, je me suis permis d'ouvrir une cagnotte en ligne pour l'acquisition d'un nouvel équipement. Je précise que cette démarche intervient dans un contexte difficile : étant en arrêt de travail depuis plusieurs mois, je n'ai malheureusement pas les moyens financiers de renouveler mon matériel par mes propres ressources. Je tiens à rappeler que ce travail de recherche et de création n'est pas motivé par l'argent, mais par la passion de transmettre notre histoire locale et de la rendre accessible à tous gratuitement. Je vous remercie chaleureusement pour votre soutien et votre fidélité. → Lien vers la cagnotte

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