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Histoire du village de Pont-de-Labeaume

Histoire de Nieigles [EN CONSTRUCTION]

Découvrez l'histoire de Pont-de-Labeaume, Lalevade d'Ardèche et des villages environnants, autrefois appelés Nieigles, depuis leur formation géologique jusqu'au XXIᵉ siècle : époque romaine, Moyen Âge, Révolutions et mémoire locale.

L'art millénaire des volcans ardéchois

À Pont-de-Labeaume, le spectacle commence à la confluence de deux vallées — celle de la Fontaulière et celle de l'Ardèche — où affleurent, comme un livre géologique ouvert, deux immenses coulées de lave. D'abord, il y a 35 000 ans, le volcan de la Coupe de la Fialouse (Ray-Pic) a déversé sa lave dans la vallée de la Fontaulière, comblant son ancien lit et formant de majestueux prismes basaltiques.

Douze mille ans plus tard, c'est le volcan du Souilhol qui reprend le flambeau : sa coulée s'étend cette fois dans la vallée de l'Ardèche (et jusqu'au Lignon voisin), recouvrant partiellement la première et créant un empilement spectaculaire de dalles sombres.

Trajectoire des coulées de lave des volcans du Souilhol et du Ray-Pic à Pont-de-Labeaume
Trajectoire des coulées de lave des volcans du Souilhol et du Ray-Pic à Pont-de-Labeaume.

Depuis leur mise en place, la Fontaulière et l'Ardèche ont creusé ces laves : la première a érodé les alluvions pré-volcaniques sous-jacentes, tandis que l'Ardèche, au niveau du pont de Rolandy, a entaillé si profondément le socle cristallin qu'elle expose aujourd'hui ses galets et blocs de granite au fond de son lit.

Sous ces coulées, un phénomène singulier a sculpté « La Balma », la grotte qui a donné son nom à Pont-de-Labeaume.

« C'est sur cette ligne de séparation bien visible qu'existe, derrière les maisons de Pont-de-Labeaume, la grotte décrite par Faujas de Saint-Fond au XVIIIᵉ siècle comme un évent volcanique aussi romanesque que la caverne par laquelle Énée descendit vivant dans les enfers. »

Gravure de Arnaud DAGOTY (1776) représentant la grotte de Pont-de-Labeaume
Gravure de Arnaud DAGOTY (1776) représentant la grotte de Pont-de-Labeaume

En revanche, J.-B. Dalmas explique au XIXᵉ siècle qu'il ne s'agit pas d'un canal naturel, mais « d'une simple excavation produite par le déblaiement d'un tas de matières incohérentes sur lequel sa voûte s'est moulée, lorsque la coulée basaltique s'est répandue par-dessus à l'état pâteux » : la poche de gaz emprisonnée sous la lave visqueuse a soufflé ce dépôt, formant ce vaste porche basaltique que l'on appelait autrefois « la balma ».

Enfin, une troisième coulée — postérieure aux deux précédentes et issue de la Coupe de Jaujac — s'est aventurée dans la vallée du Lignon, jusqu'à buter contre le rempart de lave du Souilhol ; invisible depuis Pont-de-Labeaume, elle rappelle combien ces massifs volcaniques restent les fers de lance du patrimoine géologique ardéchois.

Sur les traces de la voie antique

Quand les coulées volcaniques achèvent de refroidir, une piste longe déjà la rivière. Au début du IVᵉ siècle, Rome la normalise : une borne milliaire cylindrique de 1,86 m, dédiée à Flavius Valerius Constantin, marque alors la distance jusqu'à Forum Neronis. Redressée aujourd'hui devant l'église paroissiale, cette pierre, découverte en 1859 et classée en 1932, rappelle que la vallée servait de trait d'union entre Alba-la-Romaine et le Velay. Les muletiers franchissaient alors le Lignon sur un dos-d'âne de pierre que les anciens textes nomment longtemps « pont de la Taillade ».

On sait toutefois très peu de choses sur cette période dans le secteur de Pont-de-Labeaume. Des recherches archéologiques ont permis de mettre au jour un grand nombre d'objets et de pièces romaines aux alentours : à Meyras ou encore à Montpezat, où des outils gaulois ont été retrouvés. Mais en ce qui concerne Nieigles, les découvertes sont rares.

Selon le Bulletin n° 25 de la Société de Sauvegarde des Monuments Anciens de l'Ardèche, le socle en gros appareils visible près du porche de l'église laisse présumer qu'un oppidum gallo-romain, antérieur à la christianisation, s'élevait là autrefois, ce qui suggère que le site était déjà occupé à l'époque romaine.

Nieigles imaginé avant la construction de l'église
Nieigles imaginé avant la construction de l'église

La principale découverte historique de cette époque dans le village est sans conteste cette borne milliaire, retrouvée en 1859 dans le champ de monsieur Soboul par des ouvriers en train de défricher la parcelle.

D'après mes recherches, monsieur Soboul habitait à Champredon, un petit hameau situé sur la route du cimetière. Après consultation du cadastre, il semble qu'il possédait un champ situé à l'emplacement actuel du cimetière de Pont-de-Labeaume. Certains affirment que la borne aurait été découverte en creusant les fondations du cimetière, mais personnellement, je pense qu'elle a été retrouvée par hasard alors qu'on aménageait le champ. À mon sens, le cimetière de Pont-de-Labeaume n'a été créé qu'au moment de la séparation entre Nieigles, Pont-de-Labeaume et Lalevade d'Ardèche, c'est-à-dire au début du XXᵉ siècle.

Sur la borne retrouvée à Pont-de-Labeaume, on peut encore lire cette inscription abrégée :

IMP CAES, T AELIO HADR, AVG ANTON, PIO P P, TRIB POT VII, COS IIII, M P IIII...
        

Cette inscription se développe généralement comme suit :
IMP CAES(Flav)IO / VAL CONSTAN(t)INO / (P)IO CAESARI DIV CONSTANTINI AVG FILIO / BONO REI / PVBLICE / NATO
que l'on peut traduire ainsi :
« À l'empereur César Flavius Valerius Constantin, pieux et noble César, fils du divin Constance, Auguste, né pour le bien de l'État. »

Borne milliaire de Pont-de-Labeaume
Borne milliaire de Pont-de-Labeaume (source : Simon Bugnon)

Ce type de colonne servait probablement à signaler un carrefour important, permettant d'indiquer aux voyageurs romains un changement de direction. La route antique venue d'Alba continuait vers Montpezat en passant par la vallée de la Fontaulière, appelée par certains historiens la « voie romaine des Cévennes ». La borne trouvée à Pont-de-Labeaume occupait ainsi un point crucial. Selon la tradition locale, c'est précisément là que les légions de César auraient emprunté la route du Pal pour affronter les Arvernes et étendre leur contrôle sur la région gallo-romaine.

Personnellement, je suppose que cette borne romaine se trouvait à l'origine très près du lieu où elle a été découverte, aux abords du cimetière actuel de Pont-de-Labeaume. À cet endroit précis, les voyageurs pouvaient choisir deux directions : soit partir vers Neyrac en passant par le Barutel, soit emprunter la route du Fez par Poutalou vers Montpezat. Bien entendu, ces idées restent hypothétiques ; seules des fouilles archéologiques futures pourraient apporter des réponses plus précises.

Vue satellite de Pont-de-Labeaume et de son cimetière
Vue satellite Google Earth de Pont-de-Labeaume

La borne milliaire de Pont-de-Labeaume est authentiquement liée à la mémoire de l'empereur Constantin Ier (272 – 337 apr. J.-C.). Bien qu'elle ait plus de 1 700 ans, cette pierre historique est encore relativement bien préservée. Cependant, des actes de vandalisme anciens ont cherché à effacer la filiation impériale, et une profonde entaille verticale d'environ 3 à 4 cm défigure l'un de ses côtés.

Cette cicatrice provient du XIXᵉ siècle, lorsqu'un maçon local décida d'utiliser la borne comme matériau de construction. Il commença à la fendre du haut jusqu'en bas afin d'obtenir deux blocs destinés à devenir des linteaux ou des jambages de porte ou de cheminée. Heureusement, un habitant nommé monsieur Croizier, conscient de la valeur patrimoniale de la colonne, intervint à temps : il racheta la borne, empêchant ainsi sa destruction définitive, et la fit coiffer d'une croix métallique.

Finalement, la borne de Pont-de-Labeaume a été inscrite à l'inventaire des Monuments historiques le 11 juillet 1932.

Aux portes du Moyen Âge

La première mention écrite de Nieigles remonte à l'an 993. Un cartulaire de l'abbaye de Saint-Chaffre du Monastier rapporte alors qu'un certain Guy d'Anjou, évêque du Puy, fit donation d'une vigne sise dans la villa de Nido Aquilino (nid de l'aigle) à son propre chapitre.

… in alio autem loco, in villa de Nido Aquilino, vineam unam quam decem solidis emerat de Ebrardo.

« … et en un autre lieu, dans la villa de Nido Aquilino, une vigne qu'il avait achetée dix solidi à Ébrard. »

Cette vigne, achetée dix sols — somme qui représentait alors l'équivalent d'environ quatre vaches de labour (une vache coûtant 2 solidi), d'un quart de l'équipement complet d'un cavalier lourd (cheval et armure revenant à 40 solidi), ou encore d'une trentaine de modii de blé selon le tarif fixé par le capitulaire de Francfort en 794 (1 sol = 3 modii) — laisse à penser que le hameau existait déjà bien avant la fin du Xe siècle.

Cent-quarante ans plus tard, en 1134, on trouve la première trace du sanctuaire local : un document mentionne le prieuré de Beata Mariae Nidde Aquilina (littéralement « Notre-Dame de Nieigles ») comme dépendance du chapitre du Puy. C'est vraisemblablement à cette époque que fut érigée l'église primitive de Nieigles, en même temps que, non loin de là, se construisait le château de Meyras (baptisé « château de Ventadour » au XIXᵉ siècle) sous la seigneurie de la famille de Solignac.

En 1164, la possession de ce prieuré par le chapitre du Puy est confirmée par une bulle du pape Alexandre III. Un siècle plus tard, en 1267, le pape Clément IV renouvelle cette confirmation par une nouvelle bulle : le prieuré de Nieigles restera ainsi lié au chapitre du Puy jusqu'à la Révolution, qui abolira les liens féodaux. Durant ces siècles, le chapitre conserva le droit de nommer à sa guise le prieur chargé d'administrer la communauté et d'assurer les offices liturgiques.

L'histoire de Nieigles connaît un épisode diplomatique en 1308. Des tractations s'engagent entre l'évêque du Puy et celui de Viviers : Louis de Poitiers, évêque de Viviers, échange ses droits seigneuriaux sur le prieuré de Nieigles contre ceux que détient l'évêque du Puy sur la mouvance de la ville de Largentière. Ces droits, beaucoup plus anciens, confèrent au siège de Viviers la pleine jouissance des riches mines d'argent de la région.

Trente-sept ans plus tard, en 1345, le pape Clément VI — alors à Avignon — approuve cet échange, scellant un accord qui témoigne de la valeur réelle des revenus du prieuré et de la seigneurie de Nieigles. Désormais, chaque nouveau prieur devra verser annuellement une redevance à l'évêque du Puy, rappel discret du lien ancien qui unissait encore, au cœur du Moyen Âge, ces deux puissances ecclésiastiques.

Ainsi, entre la donation initiale de 993, l'édification de l'église au XIIᵉ siècle et les échanges diplomatiques des XIVᵉ siècles, Nieigles apparaît comme un microcosme féodal et spirituel aux portes du Moyen Âge, où se joue en filigrane l'influence des chapitres, des évêques et des petites seigneuries locales.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l'architecture de l'église de Nieigles, n'hésitez pas à visiter la page dédiée sur medieval.mrugala .

Quand les notaires ouvraient la mémoire

C'est l'époque que je préfère ! À partir du , les habitants de Nieigles apparaissent enfin, nommément, dans les minutes notariales conservées à Meyras, Aubenas ou encore Jaujac. Mariages, testaments, quittances, obligations ou simples accords : ces actes — rédigés en latin puis en occitan — ouvrent une fenêtre précieuse sur la vie quotidienne et la condition matérielle des villageois.

Grâce à ces documents, il a été possible de reconstituer la généalogie des familles de Nieigles et de suivre l'évolution de leurs biens : parcelles, moulins, troupeaux, voire épisodes de dettes et de solidarités. Un ouvrage consulté aux archives (je retrouverai bientôt la référence exacte) exploite justement ces minutes pour dresser, vers , un classement des fortunes familiales — un instantané rare de la hiérarchie économique locale à la fin du Moyen Âge.

Voici la synthèse de ce palmarès, exprimé en L :

Premières fortunes recensées à Nieigles vers 1450 (montants en livres tournois).
Pons CELIER
115 L
Pe. DE LA ROUVERE
96 L
Nicolas LA TERISSA
91 L
Guilh. DE LEUZE
90 L
Glaude SERRE
84 L
Vidal MARTIN
81 L
Jehan DE LAYRONAC
73 L
Anth. GUILHALMENCHA
73 L
Jehan PLANIOL
69 L
Pe. LA BALMA
66 L
Pe. PODA
63 L
Guilh. DE MAS NOU
60 L
Jacme LA BALMA
58 L
Guilh. DE MAS NOU
57 L
Jacme DE MOLIERES
55 L
Pons DE LA CHARRIERE
54 L
Vierna DU CELIER
54 L
Vidal MARTINENT
53 L
Jehan GOT
53 L
Anth. MARTIN
52 L
Luquet BLACHEYRA
52 L
Herit. LAVAL
52 L
Jehan VAYRENC
51 L
Math. DE LADREYT
51 L
Jehan BERTRANDA
51 L
Andre VALENTIN
47 L
Guilh. DU MAS
46 L
Guilh. SERRET
45 L
Estienne BONET
41 L
Jehan BARDINA
40 L
Pe. DE ROURESOL
40 L
Pe. DU RIEU
40 L
Pons DE LAYRONAC
39 L
Glaude RIBAILH
39 L
Glaude ROMIGIER
39 L
Herit. MONNIER
35 L
Andre DE LEUZE
34 L
Vidal DE ROURESOL
33 L
Jacme DU ROURE
33 L
Anth. LA GARDA
30 L
Jehan ROMEGOSA
30 L
Estienne DALMAS
29 L
Pe. DE PLANTADAS
29 L
Anth. MARTANESCHA
25 L
Jehan MARTINESCHA
24 L
Vincens REYMON
23 L
Vincens DE CHAMPALBERT
21 L
Pe. BRET
20 L

Mais qu'est-ce qu'« une livre » ?  Au XVe siècle, la livre tournois (lt) n'est pas une pièce de monnaie mais une unité de compte. Les notaires l'emploient pour chiffrer dots, rentes et achats ; on la subdivise en 20 sous, chaque sou valant 12 deniers. Sa valeur concrète fluctue d'une province à l'autre, mais les enquêtes fiscales du Vivarais — les fameuses Estimes — permettent de prendre la mesure de son pouvoir d'achat vers 1450.

  • Un journalier agricole gagne env. 1 à 2 sous par jour : il lui faut 10 à 20 jours de travail pour toucher une livre.
  • Un agneau ou un jeune porc : ≈ 1 lt.
  • Un muid de blé (env. 280 l) ou de vin : ≈ 2 à 4 lt selon la récolte.
  • Une vache de labour : ≈ 10 à 20 lt.
  • Un petit champ ou un verger peut s'échanger pour quelques livres ; une maison ou de grandes terres valent souvent plusieurs dizaines de livres.

À retenir : pour un paysan ou un artisan ardéchois, 1 livre en 1450 représente le salaire de plusieurs semaines ou la valeur d'un petit animal. Les sommes figurant dans le tableau précédent traduisent donc des patrimoines substantiels pour un hameau comme Nieigles.

Le tableau des fortunes ne sert pas qu'à mesurer la richesse : il nous offre le point de départ de véritables arbres généalogiques. En croisant ces sommes avec les minutes postérieures, on voit se dessiner les racines de plusieurs lignages encore présents dans la commune.

Ce qui frappe, c'est la correspondance étroite entre les patronymes médiévaux et les hameaux actuels de Pont-de-Labeaume / Lalevade :

  • La Balma → Pont de Labeaume ;
  • Romegosa → La Roumegouse ;
  • de Mas Nou → Mas-Neuf ;
  • Romigier → Romégier ;
  • La Garda → La Garde ;
  • de Plantadas → Les Plantades ;
  • La Terissa → Les Térisses (Lalevade).

D'autres noms ont traversé près de mille ans sans presque changer de phonétique : Cellier, Serret, Veyrenc ou Martin se lisent dans les actes du XVe siècle comme sur les boîtes aux lettres d'aujourd'hui.

À l'inverse, certaines familles autrefois florissantes ont disparu. C'est le cas des Got, installés au hameau du Goux — toponyme qui dériverait de leur nom — dont la lignée s'éteint au cours du XVIIe siècle.

Ces filiations, patiemment reconstituées acte après acte, racontent la continuité (ou la rupture) du peuplement ; elles font le lien concret entre les notaires médiévaux et les familles qui perpétuent encore aujourd'hui la mémoire de Nieigles.

Les noms de famille ont commencé à être implantés pour la population vers le XIIe siècle ; avant cela, les gens se donnaient des surnoms, mais rien n'était officiel.

Au vu des noms cités dans le classement des fortunes de Nieigles, on peut voir que beaucoup de familles portaient le nom des hameaux de Nieigles, ce qui veut dire que les lignages étaient ancrés à leur village à cette époque.

Vous pouvez retrouver plus de détails sur les hameaux de Nieigles en visitant notre carte interactive.

Aperçu de la carte intéractive de Nieigles
Aperçu de la carte intéractive de Nieigles

C'est à partir du XVIe siècle que j'ai remarqué que les familles commençaient un peu à se disperser dans les villages alentour ; il devenait habituel qu'un homme, une fois marié, aille habiter à la demeure de sa femme.

Mais certaines familles sont restées jusqu'au XXe siècle, notamment la famille Veyrenc de Leyronnac, dont j'ai suivi la lignée du XIVe au XXe siècle, où certains de ses descendants sont restés ancrés au même lieu.

Itinéraires à travers le temps

On sait déjà qu'à l'époque romaine, une route traversait Nieigles pour rejoindre Montpezat. Mais comment ce réseau a-t-il évolué ?

Au XIVe siècle, comme le cite Laurent Haond dans Les voies de passage autour de Niegles, le pont de la Taillade (aujourd'hui « pont romain » du quartier de Réjus) existe déjà : il est mentionné en 1406 dans un contrat de mariage rédigé par Johannet, notaire de Meyras. Un autre acte du XVe siècle évoque le pont du Barutel. Ces deux ouvrages permettaient de se rendre vers Meyras ou Thueyts.

On sait aussi qu'une route partait du hameau de La Garde à Romégier et rejoignait directement le pont de la Taillade en passant par le Coulet. La route nationale actuelle — qui descend de Romégier à Pont-de-Labeaume — n'existait pas encore ; le passage suivait plutôt le tracé de l'actuelle route du cimetière, par le hameau de Champredon. À l'embranchement, on pouvait aller soit vers Pont-de-Labeaume, soit monter vers le hameau de Réjus (anciennement Régis).

Reste la question cruciale : avant la construction du pont de Labeaume (commencé vers 1725 et, d'après Jean Malosse, achevé en 1737 pour « quatre-vingt mille livres au moins », voire « cent dix mille »), comment traversait-on l'Ardèche ? Le registre paroissial de 1714 raconte la noyade de Jeanne Boyer, 24 ans, tombée « de la planche qui traverse l'Ardèche ». Une simple planche aurait donc servi de passerelle, ce qui paraît étonnant pour un lieu aussi fréquenté que l'église de Nieigles. Quel pont empruntaient alors les muletiers pour gagner le Fez ou franchir la rivière ? Je poursuis les recherches pour éclaircir ce point.

Le Pont de Labeaume en 1819 par Adrien Joly de la Vaubignon
Le Pont de Labeaume en 1819 par Adrien Joly de la Vaubignon

On ignore également la date exacte de construction du pont Rollandy : il figure sur la carte de Cassini (v. 1740) mais aucun document ne précise ce qui existait avant. Ce pont — maintes fois détruit et reconstruit par les crues — demeure l'un des derniers chaînons à dater. Histoire à suivre...